Pendant toute mon enfance les seuls souvenirs que je tiens de mon père ne sont pas les meilleurs. Ce qui est étange c'est que je ne me souviens pas de tout mais seulement de quelques petits détails... des odeurs, des bruits. Parfois j'entendais des bruits qui venaient de la cuisine ou du salon et je savais que lorsque je les entendaient les choses allaient bientôt tourner mal. Que les crient de mon père et les pleurent de ma mère commenceraient dans les minutes qui suivirent. La première fois, dont je me souviens, ou je me suis levée le matin et j'ai trouvé ma mère couché sur un fauteuil du salon avec la lèvre fendue et une énorme bosse sur le front je ne devais pas avoir plus de 7 ans à cette époque. À la longue c'est un peu devenue mon quotidien. Les bruits qui me fesaient peur étaient maintenant devenus familiers, les odeurs de bière et de sang étaient devenus pour moi une habitude.
Quand j'étais enfant, je croyais que ça se passait comme ça dans toutes les familles. Je croyais que tout le monde vivait ça et que c'est pour cette raison que personne n'en parlait jamais, parce que c'était normal et qu'il n'y avait rien a en dire. Ça a pris plusieurs années et plusieurs allés-retours à l'hopital avant que je comprenne que ce n'était pas ainsi que ça se passait partout dans le monde. Personnellement je suis allée bien souvent à l'hopital moi aussi à cause de ça. Mon compte de médicaments et de tout ce qui vient avec je l'ai eu avant même d'atteindre l'âge de 12 ans. À cette époque je vivais cloitrée dans ma famille. Je sortais pour aller à l'école et c'était pas mal tout. Je n'invitais jamais personne parce que j'avais moi même peur de mon père. Bien que je me disais que tout le monde vivait ça je ne voulais pas imposer les foudres de mon père à une autre personne, on était déjà assez de ma famille dans la merde.
Un jour ma grande soeur à commencé à sortir avec des amis, elle a eu un petit copain et tout. Ça se passait bien. Et un jour le père d'une de ces amis est mort suite d'une crise cardiaque je crois. J'étais avec elle le soir même où elle l'a su. Et je l'ai vue fondre en larme dans les bras de ma mère. Je l'ai vue s'écrouler de douleur parce qu'elle venait de perdre son père. Soudain j'ai pensé que si c'était mon père qui devait mourir, ça ne changerait en rien ma Vie. Je ne serais ni triste, ni anéanti comme elle. En fait, je me suis même demandé si je ressentirais quelque chose. J'ai passé la soirée dans notre salon à la voir pleurer et à l'entendre parler des souvenirs qu'elle avait de lui... et c'est là que j'ai compris qu'il n'avait jamais levée la main sur elle, qu'il ne l'avais jamais envoyé à l'hopital ni elle ni sa mère. Au courant de cette soirée j'ai compris que ce n'était pas normal. Je devais avoir environs 14 ans quand ça s'est passé. Son père est mort durant les vacances de Noël. Pour nous c'était le moment le plus pénible. Pour moi, chaque année, je redoutais les vacances de Noël chez moi parce que je n'ai jamais aimé le temps de fêtes et cette année je les redoute encore même s'il n'est plus là. Quand mon père frappait ma mère elle ne disait rien avant. Quand c'était moi je ne disais rien non plus. Mais ma grande soeur elle avait comprit depuis longtemps que c'était pas normal alors elle répliquait. Je ne comprenais pas pourquoi elle le fesait mais durant ces vacances, pour la première fois que je souvienne, j'ai entendu ma mère répliquer aux actes de mon père. Je me souviens de l'avoir entendu dire que c'était pas normal qu'on ait peur de lui. Que les autres enfants aimaient leur père mais que nous on en avait peur. Quand je l'ait entendu dire ça.. j'ai vite fait le lien avec mon amie et là... j'ai compris que tout le monde ne vivait pas dans la terreur et dans la douleur.
Plus tard je suis retournée à l'école quand les vacances étaient terminées et j'était différente. J'avais peur que les gens découvrent ce qui se passait chez moi parce que j'avais enfin compris que c'était pas normal. J'avais peur que ça se voit, j'avais peur que les gens s'en rendent compte juste en me regardant. Je n'ai jamais rien dit à personne. J'ai commencé à me renfermer sur moi même. Je sentais tout ça bouillir en moi. J'avais envie d'en parler mais j'avais peur de revenir chez moi et de retrouver ma mère morte dans la cuisine si je parlais. Durant tout mon secondaire j'ai tenu ma langue. Un jour la directrice de mon école secondaire m'a fait venir à son bureau. J'ai un problème avec l'autorité, je suis attirée par les hommes émotionnellement immature, je suis autodestructrice... je suis un peu tout ça à la fois... alors pour moi me retrouver enfermer dans un bureau clos avec ma directrice était de la véritable torture. J'avais peur qu'elle lise en moi et qu'elle comprenne ce qui se passait. Quand je suis arrivée dans son bureau elle m'a posé une simple question : '' Pourquoi es-tu autant en colère ? ''. Je n'ai donné aucune réponse. Je me souvien que cette journée là il pleuvait dehors... je lui ait juste dit que j'étais un peu déprimée à cause du temps et j'ai fein un bonheur presque parfait. J'ai toujours su tenir ma langue.
Ce n'est pas sans raison si, aujourd'hui, j'ai des troubles émotionnels, des tendances dépressives et toutes ces merdes. Quand j'étais petite j'étais incapable de dire à quelqu'un que je l'aimais. Mon père voulait absolument que je lui dise parce que j'étais sa fille et apparamment les enfants le disent souvent à leur parent. Un jour je suis restée en punition dans ma chambre durant des heures parce que je ne voulais pas lui dire. Pour sortir je devais le faire. Je suis restée là, assise sur mon lit à fixer mon plafond. J'avais environs 7 ou 8 ans à l'époque. Et bien que ça m'ait donné envie de vomir je lui ait dit quand même pour pouvoir sortir de ma chambre. Suite à ça j'ai développer un profond dégoût pour mon père. Quand il était trop près de moi ça me dégoutais. Quand il mettait sa main sur mon épaule pour que je l'écoute ça me donnait envie de vomir. Quand je mangeais et qu'il prenait ma fourchette pour goutter je me sentais obligée de changer de fourchette parce que l'idée de prendre la même que lui me dégoutait au plus au point.
Ça m'a prit du temps mais j'ai réussis à comprendre que la Vie qu'on menait avec mon père était loin d'être normale. Mais je resterai éternellement la fille dont le père se servait de sa famille comme punching-ball....


